C’est bien connu, le singe et la cigogne ne se ressemblent pas du tout.
Le singe a une bouche et des dents alors que la cigogne a un très long bec. Mais
jadis le singe et la cigogne furent de grands amis.
« Toi, tu es mon meilleur ami » ils se disaient mutuellement.
Et pour faire plaisir à ses amis quel meilleur moyen que de les inviter à déjeuner.
Alors un jour, le singe invita la cigogne à partager un délicieux repas.
« Quel plaisir de vous recevoir belle cigogne, je vais préparer pour vous mon plat
préféré et vous m’en direz des nouvelles ! »
La cigogne était très émue et se dit qu’il était bien doux d’avoir un si bon ami tel
que le singe.
Le singe prépara une jolie table avec un bouquet de fleurs fraiches. Il choisi sa
plus jolie vaisselle qui tintait joliment dès qu’on la frôlait. Il plaça sur la table de
beaux verres de cristal. Rien n’est jamais trop beau pour recevoir son ami,
pensait-il. Et puis, il gagna sa cuisine pour y confectionner son plat préféré. C’était
une purée de maïs dans laquelle il ajoutait un peu de crème fraiche, une pincée
de noix de muscade et un soupçon d’amitié. Pour décorer son plat, il fit sur la
purée de maïs un joli cœur rouge à la sauce tomate. C’était du plus bel effet.
Vite ! il ne devait pas perdre de temps, la cigogne allait bientôt arriver. Il se
rafraichit le visage, lissa son poil brillant, se mit un coup de peigne et pour être
vraiment très beau et faire honneur à son invitée, décida de porter son nœud
papillon.
« Je vous en prie chère cigogne, asseyez-vous, laissez moi vous servir de cette
délicieuse purée de maïs que j’ai préparée tout spécialement pour vous. »
Qu’il est doux d’avoir un ami tel que le singe pensait la cigogne pendant qu’il
servait la purée de maïs dans ses plus belles assiettes plates.
Le singe se régalait : c’était son plat préféré. Il n’avait pas mis de couverts sur la
table il n’en avait pas besoin. Tantôt, il inclinait la tête vers l’assiette et gloups il
avalait une belle bouchée de purée, tantôt c’était carrément avec ses deux mains
qu’il allait chercher la purée pour la mettre dans sa bouche. On peut dire que le
singe aimait la purée de maïs. Comme il est usage de dire : il n’en fit qu’une
bouchée !
Et pendant ce temps-là, la cigogne, elle, grignotait la bouillie avec son long bec.
Enfin, grignotait est un bien grand mot ! Elle essayait de grignoter. Nous
voudrions bien vous y voir, vous ! Essayez donc de manger de la purée dans une
assiette plate avec un très long bec. Vous m’en direz des nouvelles.
La vérité c’est qu’elle n’y arrivait pas. Impossible pour elle d’avaler la moindre
bouchée ! Alors elle rentra chez elle sans avoir mangé quoique ce soit.
Quelque temps après, la cigogne, qui était très polie, se dit qu’il convenait de
rendre la politesse au singe.
« Quel plaisir de vous recevoir mon cher ami le singe, je vais préparer pour vous
mon plat préféré et vous m’en direz des nouvelles ! »
Elle dressa une très jolie table. Y plaça un joli bouquet de roseaux et elle aussi
sortit sa plus belle vaisselle.
Puis, pour faire honneur à son invité qui allait bientôt arriver, elle lissa ses plumes
et attacha celles sur le dessus de sa tête avec un joli nœud bleu turquoise. Elle
était magnifique.
« Je vous en prie mon cher ami le singe, asseyez-vous, laissez-moi vous servir de
cette délicieuse soupe de poissons que j’ai préparée tout spécialement pour vous. »
Et disant cela, elle versa dans deux très hautes carafes, presque des bouteilles, la
soupe aux poissons délicieuse.
Et la cigogne introduisit son long bec dans la carafe et but tranquillement la
délicieuse soupe.
Le pauvre singe, lui, tournait autour de sa carafe. Il ne parvenait pas à glisser sa
bouche dans cette bouteille qui l’agaçait. Il ne pouvait pas davantage utiliser ses
mains.
Alors le singe rentra chez lui sans avoir pu manger quoique ce soit.
Et savez-vous ce que firent les deux amis ensuite ? Eh bien il parait que le singe
acheta une jolie carafe pour réinviter à déjeuner son amie la cigogne qui elle,
acheta une jolie assiette plate pour rendre la pareille au singe.