Le vent, la pluie, le feu et la terre voyageaient ensemble.
En chemin ils rencontrèrent un voyageur qui dit en passant :
– Bonjour un des quatre !
– Lequel de nous a-t-il salué ? se demandent les éléments.
– Je pense que c’est moi, dit le vent.
– Hum, ce serait plutôt moi, reprend la pluie
– Mais non, voyons, c’est moi, rétorque le feu
– Mais vous n’y pensez pas, c’est moi qu’il a salué dit la terre
– Il est facile de nous en assurer, ajoute le Vent, interrogeons-le.
Tous les quatre rebroussent chemin, rappellent le voyageur auquel ils posent la
question.
– Qui j’ai salué ? répond le voyageur, mais le Vent bien sûr.
– Eh bien ! dit le feu mécontent, tu auras chaud, si chaud que tu rêveras du
vent.
– Ça m’est égal, dit le voyageur, pourvu que le vent souffle pour me
rafraîchir.
– Moi, dit la terre, je m’arrangerai pour que rien ne pousse à ma surface et
le vent soufflera si fort sans rencontrer d’obstacle qu’il t’emportera très haut et
très loin.
– Peu m’importe répond le voyageur car j’ai salué le vent et il s’en montrera
reconnaissant. Je ne crains que le Vent et saurai bien me défendre contre la pluie,
le feu et la terre.
Un jeune coquelicot qui passait par là, dit en rencontrant les éléments :
– Bonjour un des quatre !
– Mais cela s’est trop fort, lequel de nous a -t-il salué ?
– Qui j’ai salué ? mais la pluie bien sûr !
Et voilà que les 3 autres éléments sont à nouveau très mécontents.
– Eh bien, puisque c’est ainsi, que je devienne poussière pour que tu ne sois
plus qu’un triste coquelicot tout fané, dit la terre
– Et que le soleil chauffe et chauffe encore pour que tu ne deviennes qu’un
pauvre coquelicot grillé, dit le feu
– Et que je souffle très fort sur le feu, dit le vent, pour que tu sois réduis à
l’état de cendres
– Peu m’importe répond le jeune coquelicot. J’ai salué la pluie car je ne
crains pas les trois autres. Grâce à la pluie je saurai me défendre et deviendrai un
très beau coquelicot suffisamment arrosé pour donner beaucoup de boutons.
Un vieux chêne qui passait par là dit en rencontrant les 4 éléments :
– Bonjour vous quatre !
– Le vent, la pluie, le feu et la terre n’en croient pas leurs oreilles. Ils avaient
du mal entendre
– Qu’avez-vous dit ? Avons-nous bien entendu ? Vous nous avez salué tous
les 4 ?
– Eh bien oui, répondit l’arbre, est-ce si extravagant que cela ?
– Eh oui, dirent les 4 éléments ; un voyageur puis un jeune coquelicot qui
passaient par là n’ont salué que l’un de nous quatre en ignorant les trois autres
et vous, vous avez la politesse de nous saluer tous les quatre.
Alors le vieux chêne répondit « mais comment pourrais je ignorer l’un de vous
puisque si l’un de vous seulement venait à me manquer, je n’existerai pas. Je
m’enracine dans la terre, je respire grâce à l’air et je grandis grâce à l’eau et aux
rayons du soleil.
Alors les 4 éléments voyageurs répondirent en chœur « mais c’est exactement
pareil pour le jeune coquelicot et pourtant il n’a salué que la pluie ».
Et le vieux chêne répondit qu’il fallait lui pardonner car le jeune coquelicot avait
encore tant de choses à apprendre.
Et le lendemain, sur la terre humide du sous-bois une petite pousse sortit d’un
gland tombé du vieux chêne. La pluie du matin et les rayons tièdes du soleil lui
donnèrent la force suffisante pour pousser aux côtés du vieux chêne.