Il était une fois une dame pas très aimable, c’est-à-dire affreusement méchante. Quand elle croisait un petit garçon dans la rue, la dame s’approchait de lui, et, par surprise, pif elle lui donnait un grand coup de pied, sur les fesses, et le petit garçon tombait par terre ! Quand elle croisait une petite fille, paf elle lui tirait les cheveux, pour le plaisir, et l’enfant criait de douleur !
Pourquoi donc agissait-elle ainsi, la dame affreusement méchante ? « Bah, parce que je suis affreusement méchante ! pensait la dame en pouffant de rire. C’est tellement drôle d’être méchante ! »
La dame avait un gros nez rouge, des poils dans les oreilles, et une bouche en forme de poisson. D’ailleurs, elle sentait le poisson pourri ! Mais elle portait de très jolies robes et des bijoux en or. A ce propos, la dame n’achetait ni les robes ni les bijoux car elle était radine, avare, c’est-à-dire qu’elle ne dépensait jamais son argent.
« Non, je préfère voler ! pensait la dame. D’abord, ça ne me coûte rien, et puis ça fait du mal à quelqu’un, j’adore ! »
Et donc, chaque jeudi, la dame suivait dans la rue une jolie dame bien habillée. Puis, quand toutes les deux se retrouvaient seules dans un coin de rue, la voleuse fonçait sur la dame bien habillée, et lui soufflait dessus ! L’odeur de poisson pourri était si forte que l’autre tombait dans les pommes. Alors, la dame affreusement méchante, flac floc, arrachait la robe, les bijoux de la jolie dame, et fuyait en riant !
« Quelle bonne blague ! pensait-elle. Voilà ce qui arrive quand on ose avoir de plus jolies robes, de plus jolis bijoux que les miens ! »
Vous pensez, la dame affreusement méchante n’avait pas d’amis. Mais elle s’en fichait car elle avait deux filles à la maison. L’aînée, Frénégourlicandine, était aussi laide, voleuse et mauvaise que sa mère. La plus jeune, Aurore, était vraiment belle, avec ses grands yeux verts, ses magnifiques cheveux noirs, et sa jolie peau brune, faite pour le soleil. De plus, Aurore était gentille, si gentille, autant qu’un adorable chaton.
Cependant, sa mère et sa sœur la traitaient mal ! Chaque jour, la pauvre Aurore devait faire la cuisine, le ménage, la vaisselle, et coiffer pendant des heures les longs cheveux sales de Frénégourlicandine. Vraiment, quelle triste vie pour une si gentille Aurore !
« Sale gosse, lui dit un jour sa maman, ce matin tu as oublié de rajouter de la boue sur mon dentifrice, puis tu n’as pas pleuré quand je t’ai pincé fort le nez ! Enfin, tu as fait une caresse au chien des voisins, et ça c’est insupportable ! Comme punition, prends la grande cruche et va chercher de l’eau à la fontaine. Allez, ouste, idiote, fais vite ! »
Aurore prit donc la cruche et se rendit à la fontaine. Il y avait là une vieille dame qui lui demanda de l’eau, car elle avait très soif. Aurore, donc, remplit la cruche, et fit boire la vieille dame. Or, la vieille dame était une fée.
« Tu es si gentille, dit-elle à Aurore, que je vais te remercier. Maintenant, dès que tu parleras, des fleurs et des diamants sortiront de ta bouche ! »
De retour à la maison, Aurore se fit gronder par sa mère, la dame affreusement méchante : « Tu es très en retard, saleté de fille, pourquoi donc ? »
« C’est que, répondit Aurore, j’ai rencontré une vieille dame, et… »
Tout en donnant les raisons de son retard, Aurore fut surprise de voir tous ces beaux diamants et ces fleurs colorées sortir de sa bouche ! Elle se souvint du sort de la vieille dame, et raconta l’histoire à sa mère.
« Frénégourlicandine, s’écria soudain la dame affreusement méchante, Fréné, ma fille chérie, va donc à la fontaine à ton tour, et donne à boire à la vieille dame ! Tu es si belle que la fée te jettera sûrement un sort, à toi aussi, un bien meilleur sort ! De l’or et des couronnes te sortiront bientôt de la bouche ! Allez, mon bébé d’amour, cours à la fontaine ! »
Frénégourlicandine traîna les pieds mais se rendit à la fontaine avec la cruche. Elle vit alors une jolie jeune dame, qui lui demanda de l’eau car elle avait très soif.
« Non, répondit Frénégourlicandine. D’abord vous n’êtes pas vieille, et puis je déteste faire plaisir aux autres. Ça me fatigue, et ça m’ennuie ! Décidément non ! Non non non non non non ! »
La jolie jeune dame soupira, puis dit à Frénégourlicandine : « En vérité je suis la fée de la fontaine. Je me suis d’abord transformée en vieille dame pour ta sœur Aurore. Puis, pour toi, en très jolie dame ! Je t’ai juste demandé un peu d’eau, mais tu as refusé. Aussi, dès que tu parleras, sortiront des crapauds et des serpents de ton affreuse bouche ! »
Qu’arriva-t-il, pensez-vous ? Frénégourlicandine, de retour à la maison, se mit à cracher serpents et crapauds dès qu’elle ouvrait la bouche. Sa mère, la dame affreusement méchante, voulut frapper Aurore pour se venger. Mais Aurore se sauva dans les bois, où elle vécut heureuse avec les biches, avant de rencontrer un gentil prince, qui n’avait rien contre les diamants. Le prince épousa Aurore et elle finit par devenir reine.
Quant à Frénégourlicandine et sa méchante mère ? Tout le monde les a oubliées ! D’ailleurs, elles n’osent plus sortir depuis qu’elles vivent au milieu des serpents et des crapauds ! Eh oui !