Un jour un coq dit à ses poules :
« Hé ! mes petites poulettes, la fermière vient de partir. Venez avec moi dans la
cuisine, nous allons picorer les miettes de pain sur la table ».
« Non, non, non, pas question » gloussèrent les poules, « Tu sais bien qu’elle ne
veut pas et qu’elle nous punit toujours sévèrement lorsque nous désobéissons.
»
« Mais non ! ne vous inquiétez pas ! Venez ! Allez venez ! N’ayez pas peur.
Regardez toutes ces bonnes miettes sur la table. Je crois même qu’il y a des
miettes de brioche et de pains au chocolat. Hum…moi, je vais me régaler. J’adore
la brioche. Et de toutes façons la fermière n’est pas là donc elle ne le saura pas.
Et puis pour ce qu’elle nous donne à manger ! franchement ces graines de je ne
sait quoi, ce n’est vraiment pas bon. Allez, n’ayez pas peur. Venez vous régaler ».
Et le coq ne cessait de leur montrer le festin qui restait sur la table. Il savait bien
que les poules auraient préféré manger autre chose que ces graines insipides
dures comme une pierre que leur donnait la fermière.
Mais les poules répétèrent :
« Pas question. Tu n’as qu’à y aller seul. Nous, nous restons là ».
Alors le coq insista.
« Allez, allez, venez. Hum ces délicieuses miettes ! quel régal ! »
Il insista tellement que finalement les poules cédèrent à la tentation. Elles
grimpèrent sur la table. Leurs petites pattes faisaient des flic, floc sur la toile cirée
pendant qu’elles picoraient soigneusement toutes les miettes jusqu’à la dernière.
On entendait la pointe de leur bec faire des clic et des clac avant d’avaler les
délicieuses miettes.
Le coq leur disait :
« Regardez, vous avez oublié cette délicieuse miette là ! »
Et toutes les poules se précipitaient ensemble vers la même miette.
« Non, c’est la mienne, c’est moi qui l’ai vue la première ! » disait la poule blanche
« Non, c’est moi ! » disait la poule noire
Et le coq faisait des efforts pour ne pas éclater de rire.
Et c’est à ce moment-là que la fermière rentra à la maison.
Elle n’en croyait pas ses yeux. La table était remplie de poules qui ne voulaient
plus s’arrêter de picorer. Il n’y avait pratiquement plus aucune miette mais par
contre la toile cirée était toute sale, tachée en tous sens d’empreintes de pattes
de poules. Par endroits il y avait de tous petits trous laissés par le bec pointu des
poules. Et il y avait même quelques toutes petites plumes légères qui voletaient
ici ou là.
Et le coq était dehors, bien sage, faisant une petite mine de coq très obéissant.
Une petite mine de coq comme il faut ; qui obéit à la fermière et ne fait jamais
de bêtise, lui.
Alors la fermière se mit très en colère. Elle passa par toutes les couleurs : rose
puis rouge clair puis rouge très foncé qui démontrait combien elle était fâchée.
Elle prit le premier torchon qui lui tombait sous la main, balaya de la table toutes
les poules à en faire voler leurs plumes.
« Ouille ouille ouille » criaient les poules qui se sauvaient dans tous les sens en
battant des ailes.
Et lorsqu’elles furent enfin sorti de la maison, elles se précipitèrent toutes vers le
coq et lui dirent :
« Tu vois que tu as eu tort. On te l’avait dit. Tu t’es trompé. La fermière nous a
vues. Elle est très en colère et on vient de recevoir une bonne correction. Elles
nous a fait très mal ! »
Le coq semblait réfléchir puis il dit aux poules :
« Vous avez raison : j’ai eu tort. Mais vous également. Vous auriez dû vous en
tenir à votre première intention : n’écouter que vous, ne pas désobéir et ne pas
céder à la gourmandise. »