Il était une fois un tout petit nuage. Il aime se promener dans le ciel, poussé par le vent. Il se laisse aller, toutes les choses qu’il voit sont belles. Et puis, il y a Eole, son ami, invisible, on dit partout que c’est l’esprit du vent, celui qui vous emmène en voyage… Et ce matin, petit nuage veut visiter la montagne de la Sierra Madre ! C’est un endroit où il fait très chaud, où personne ne va jamais ! Alors Eole souffle, et petit nuage arrive devant la montagne. Elle est énorme, cette montagne ! Toute pelée, un désert de terre, sans herbe, sans eau, sans animaux… Ça lui fait peur, c’est pas beau, il veut partir, il demande à Eole de le pousser ailleurs, loin d’ici. Il s’en va, et, qu’est-ce qu’il voit, là-bas, tout petit, tout en bas ? Une petite tache rouge et verte… qu’est-ce que c’est que ce truc ? Il s’approche et qu’est-ce qu’il voit ? Une fleur ! Toute seule ! Et dans un pot ! Un pot de fleurs. Mais qu’est-ce que… Qu’est-ce que tu fais là ? Tu ne peux pas rester ici… Tu vas griller !
Bonjour, lui dit la fleur, je m’appelle Eurydiss… C’est Pablo qui m’a laissé là. Pablo c’est comme mon papa ! C’est lui qui doit s’occuper de moi, c’est normal, je suis la plus jolie petite fleur du royaume, et aujourd’hui j’ai ordonné qu’il parte dans la montagne me chercher de l’or. Il a trois jours pour faire ça… Petit nuage pense : « Mais elle est folle, cette fleur ! Dans trois jours elle sera morte, brûlée, desséchée ! » Alors, pour la protéger du soleil, il se place au-dessus d’elle, presque à la toucher ; il fait attention, il reste là, et quand elle a besoin d’eau, il pleut sur elle, il a peur pour elle… Ça le rend triste et il se met à pleurer…
Eurydiss lui dit : « Mais arrête ! Tu pleures tout le temps, je suis mouillée de partout, mes jolis pétales, mes belles feuilles, j’en ai marre de toi, moi ! »
« D’accord, lui répond petit nuage. Moi je fais pleuvoir et je pleure en même temps, je fais ce que je peux ! Et je pense que l’eau sur tes pétales, c’est le rouge du ciel, parfois, quand se couche le soleil, et le vert de tes feuilles, c’est l’émeraude du matin, quand il se réveille ! »
« Ouuuuaaais !!! C’est tout à fait vrai !!! lui répond Eurydiss, j’avais pas pensé à ça ! Mais tu as complètemement raison ! Eh bien vas-y alors ! Continue de pleurer, si ça me rend de plus en plus jolie ! »
Et petit nuage reste avec elle pendant trois jours. Il a perdu beaucoup de ses forces. Il aime beaucoup la petite fleur, mais il trouve quand même qu’elle fait un peu trop sa crâneuse. Pablo est revenu, Eurydiss est sauvée ! Petit nuage reprend sa route, il remonte très haut, observer les montagnes, les fleuves, les rivières et les lacs, immobiles ; la terre vue du ciel, ça l’émerveille…
Pablo se penche sur Eurydiss et lui dit : « J’ai trouvé un peu d’or dans la montagne, mais pas assez je crois… Et toi, qu’est—ce qu’il t’est arrivé ? »
« Oh, moi ? lui dit petite fleur, il ne m’est rien arrivé… Ah si ! J’ai rencontré un pleurnichard, qui n’arrêtait pas de… pleurnicher ! »